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Témoignages

Rencontre avec Jean-Francois CARPENTIER, ancien
directeur de l'école doctorale Sciences de la matière

 Jean-Francois CARPENTIER directeur de l'école  doctorale SDLM

Sciences de la matière, en opposition aux sciences de la vie
« Les Sciences de la matière regroupent la physique, la chimie, les sciences de la terre, l’archéologie, la mécanique, la télécommunication et l’ingénierie environnementale. En clair, les Sciences de la matière s’opposent à tout ce qui est Sciences de la vie. C’est une recherche davantage basée sur la théorie que sur l’appliqué (je mettrai l’appliqué que la pratique). »

SDLM de Rennes : 350 doctorants, 5 établissements, 440 enseignants-chercheurs…
« L’Ecole doctorale SDLM existe depuis une douzaine d’années, depuis les débuts de la mise en place des écoles doctorales. A l’origine, l’école doctorale comptait près de 250 doctorants, contre environ 350 aujourd’hui. Les doctorants couvrent six champs disciplinaires (lire ci-dessus) et se répartissent dans 5 établissements à Rennes. »

Et près de 30 % de doctorants étrangers…
« Les doctorants étrangers comptent pour 30 % de l’effectif général. Beaucoup d’entre eux viennent d’Asie (Chine, Japon, Vietnam), d’Afrique du nord (Algérie, Maroc, Tunisie), d’Europe (Pologne, République tchèque…) et d’Afrique noire. Nous avons également une poignée de Canadiens et Américains qui viennent dans le cadre d’accords entre laboratoires.

Le financement, obligatoire pour intégrer l’école doctorale SDLM de Rennes
« Nous imposons que le doctorant ait un financement pour faire sa thèse. En effet, nous considérons ces trois ans de thèse comme un premier travail, pour lequel le doctorant doit recevoir un contrat de travail d’une durée de trois ans et une rémunération égale ou supérieure à 90 % du SMIC. C’est mieux pour les doctorants, qui peuvent ainsi travailler plus sereinement, mais aussi pour l’école doctorale.

Près de 35 % des allocations de thèses viennent du privé
« 35 % des financements viennent du privé, à travers trois modes de financement :
-    les contrats CIFRE, pour lesquels l’entreprise paie le doctorant, qui y travaille à mi-temps
-    les contrats de recherche entre le doctorant et l’entreprise qui l’emploie
-    les contrats de recherche entre l’entreprise qui paie l’université et l’université qui emploie le doctorant

Les financements publics proviennent :
-    du Ministère de la recherche
-    de la Région
-    de la Direction générale de l’Armement
-    du CNRS
-    de l’Agence nationale de la recherche (ANR)
-    du Commissariat de l’énergie atomique (CEA)
-    de l’INRA
-    du CEMAGREF
-    du Ministère des affaires étrangères »

Beaucoup de grandes entreprises…

« Les sociétés qui financent nos doctorants sont pour la plupart de grosses entreprises, notamment des industries pétrolières, chimiques ou minières. Il y a également des entreprises liées au monde médical. La plupart du temps, c’est l’encadrant qui déniche les sociétés et qui lance ensuite un appel d’offres pour trouver un futur doctorant. »

… Mais peu de petites et moyennes entreprises (PME)
« Les liens qui unissent le tissu économique et la recherche ne sont pas encore assez forts. Nous avons beaucoup de mal à créer des liens avec les PME, tout simplement parce qu’ils connaissent mal le monde de la recherche. L’université en général jouit d’une mauvaise image de marque auprès de ce public, qui préfère travailler avec des ingénieurs, opérationnels plus rapidement. Et pourtant, des contrats comme les CIFRE présentent de nombreux avantages pour les sociétés de taille moyenne. Pour remédier à ces obstacles, j’ai invité une personne de la Chambre de commerce et de l’industrie (CCI) à faire partie du conseil de l’Ecole doctorale SDLM. Nous aimerions également mettre en place des formations avec le CCI.

Deux ans après leur soutenance, près de 95 % des doctorants ont un emploi (CDD ou CDI)
-    « 40 % sont dans la fonction publique
-    40 % sont dans le privé, en France et à l’étranger
-    20 % sont soit des étrangers qui sont rentrés dans leur pays d’origine, soit des personnes qui ont choisi de faire autre chose (enseignement secondaire…)

95 % des doctorants travaillent dans le champ disciplinaire pour lequel ils se sont formés. »

Une inquiétude pour l’avenir : le nombre d’effectifs…
« J’aimerai que le nombre de doctorants ne baisse pas dans les années à venir. Pour le moment, nous sommes bien. Mais si le nombre d’inscriptions baisse, la qualité baissera forcément. Aujourd’hui, en sciences dures, nous avons de plus en plus de mal à attirer les jeunes. Pourquoi ? Tout d’abord parce qu’ils préfèrent les écoles d’ingénieurs, plus réputées auprès des entreprises et avec lesquelles, une fois diplômés, ils gagneront beaucoup plus d’argent qu’un docteur. La recherche ne paie pas assez en France aujourd’hui. Autre constat que je fais : depuis une dizaine d’années, les étudiants ont une préférence pour le concret, ce qui est inquiétant pour l’avenir de la recherche fondamentale… Et pourtant c’est dans des laboratoires comme les nôtres que sont conçues les avancées et les nouvelles technologies du futur ! »